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TakiAcademy ou les cours particuliers accessibles à tous

TakiAcademy ou les cours particuliers accessibles à tous

par Lilia Blaise / jan 09, 2017 / 0 commentaires
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A seulement 32 ans, Taki Eddine Ben Messaoud a plus de 44 000 abonnés à sa chaîne youtube et des milliers de vidéos téléchargées. Cet entrepreneur tunisien n’est pas un youtubeur humoriste ou conseiller en lifestyle, il a fondé TakiAcademy, un réseau de cours particuliers en vidéos. Interview

 

Wajjahni: Les élèves tunisiens sont souvent obligés de prendre des cours particuliers en dehors de l’école, comment vous est venu l’idée de créer des cours en ligne, gratuits au début ?

 

Takieddine Ben Messaoud: J’ai fait des études pour devenir ingénieur en mécatronique mais j’étais aussi bon pédagogue pour donner des cours donc j’ai donné pendant près de 12 ans des cours particuliers pour la préparation au baccalauréat dans les matières scientifiques. J’ai voulu ensuite mettre en ligne ces cours car je connaissais plusieurs familles qui rencontraient des difficultés économiques pour payer les cours particuliers à leurs enfants. J’ai commencé en 2013, j’ai mis en ligne pendant un an près de 750 vidéos pour les révisions du baccalauréat. Puis j’ai proposé des exercices avec une formule de plusieurs cours sur internet pour un prix symbolique. Parallèlement à mon travail, je tenais un blog et j’aimais bien le principe du blogging et de savoir se mettre en scène.

 

A l’heure où les entrepreneurs critiquent souvent le manque d’options pour payer en ligne en Tunisie, comment fonctionne votre modèle économique?

 

Takieddine Ben Messaoud: Nous avons plus de 4000 vidéos sur la plateforme youtube. La première année, j’ai tout fait tout seul et j’ai mis en ligne gratuitement les vidéos. Cela a permis de drainer une communauté fidèle et de commencer à rendre l’accès payant. Avec un montant de 50 dinars par mois, l’étudiant peut accéder à six matières, puis les offres évoluent jusqu’à un package de 120 dinars avec davantage d’options. Nous avons désormais des partenariats avec d’autres professeurs pour pouvoir proposer des révisions pour chaque spécialité. Nous avons 22 professeurs avec nous, certains ont un salaire fixe, d’autres font cela à temps partiel, en parallèle de leurs cours. Pour le paiement, les gens payent par versement bancaire et ça fonctionne, ce n’est pas du e-paiement. Nous avons acquis assez d’autonomie financière pour ne pas avoir besoin de subvention ni d’aide de l’état. Nous sommes une start-up avec un fond propre et nous avons l’intention de lever des fonds maintenant que la communauté est solide. Nous avons 30% à 50% de croissance par mois.

 

Aujourd’hui, vous avez près de 43 000 abonnés à votre chaîne Youtube et plus de 50 000 fans sur Facebook, pensez-vous que le succès de la méthode soit dû aux problèmes que rencontrent les familles quand elles doivent faire prendre des cours particuliers à leurs enfants tels que le coût élevé, la corruption etc…?

 

Takieddine Ben Messaoud: Je pense que le succès à la fois économique mais aussi géographique. Beaucoup de zones rurales en Tunisie sont délaissées par le Ministère de l’Education. Même si les professeurs doivent faire un à deux ans en région au début de leur carrière, il y a de grandes inégalités, et via la chaîne, tout le monde peut accéder à ces cours. Nous avons des élèves J’ai aussi plusieurs étudiants qui vont passer leur baccalauréat mais qui sont des candidats libres comme des gens malades, non scolarisés ou des personnes âgées qui n’ont jamais passé l’examen et qui s’inscrivent à 50 ou même 60 ans. Le succès vient aussi de l’idée d’une chaîne youtube qui a permis de vulgariser un peu les cours particuliers et de rendre la formule plus intéressante pour les jeunes. J’ai d’autres activités sur ma chaîne pour parler de business et donner des conseils aux jeunes, je pens que c’est ça qui attire aussi le public de TakiAcademy.

Est-ce que vous aviez pensé aussi à l’intérêt des jeunes pour les nouvelles technologies comme devenir youtubeur, expert en coding ou en gaming quand vous aviez lancé le site?

Takieddine Ben Messaoud: Oui bien-sûr, le coding est devenu aussi important que savoir lire et écrire aujourd’hui en Tunisie. Le fait de faire des cours en vidéos, ce n’est pas nouveau dans le pays, il y en a eu dès les années 90. Ce qui fait la différence, c’est la façon de parler, de simplifier et de savoir s’adresser aux jeunes autrement comme certains youtubeurs à succès.

 

Crédit-photo: TakiAcademy

 

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