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Rahma Nejah, créatrice de chaussures: "On n'arrêtait pas de me dire que c'était un travail pour hommes"

Rahma Nejah, créatrice de chaussures: "On n'arrêtait pas de me dire que c'était un travail pour hommes"

par Maher Mhidi / mar 24, 2016 / 0 commentaires
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Rahma Nejah

Rahma Nejah, 27ans, diplômée de l'Ecole des Beaux Arts de Tunis en 2014, est designer produit et créatrice d'une marque de chaussures en cuir qui porte son nom depuis son lancement il y a deux ans. Entretien.

Wajjahni: Comment avez-vous atteri dans ce domaine? 

Rahma: Le premier déclic a eu lieu quand j'étais en deuxième année  de master en Design produit. J'ai créé une collection de chaussures pour mon projet de fin d'études qui a eu beaucoup de succès à l'école, et c'est à ce moment là que je me suis dit pourquoi ne pas en faire un métier.

J'ai alors fait des stages au sein de sociétés de fabrication de chaussures, puis j'ai suivi une formation au Centre National du Cuir et de la Chaussure de Megrine.

J'ai d'abord commencé par créer des collections que je postais sur mon profil Facebook et Instagram. Et puis j'ai créé la page Facebook professionnelle Rahma Nejah dans le but de commercialiser ma marque.

Au début, je vendais à des amies. Ensuite, grâce au bouche à oreille, j'ai pu  exposer dans des "concept stores" et dans des ventes privées. Entre temps, je reçois de plus en plus de commandes à travers ma page Facebook.

Wajjahni: Est-ce que vous travaillez seule?

Rahma: J'achète moi même la matière première, puis en découpant le cuir, les idées viennent toutes seules et je fais la conception du produit. Ensuite, je travaille avec un artisan qui s'occupe du montage, parce que c'est une phase assez délicate qui demande une main d'œuvre qualifiée et habituée à la réaliser.

Wajjahni: Votre spécialité est le design produit, pourquoi vous-avez spécialement choisi les chaussures?

Rahma: Quand j'étais à la recherche d'un stage, je visais les meubles, mais la seule société qui a accepté ma demande était spécialisée dans la fabrication de chaussures. J'ai vraiment aimé cette activité et depuis, je m'y suis accrochée.

Wajjahni: Quelle est votre clientèle cible?

Rahma: Mes créations sont dédiées aux personnes qui veulent vraiment se démarquer et sortir du lot. Ce sont des chaussures personnalisées, les clientes peuvent elles-mêmes choisir les couleurs qu'elles veulent et par conséquent elles ne risquent pas de croiser quelqu'un d'autre qui porte la même paire qu'elles.

Il s'agit toujours de pièces uniques. Quand une cliente me demande de reproduire un même modèle qu'une amie à elle par exemple, je modifie à chaque fois un petit détail dont elle ne risque même pas de s'en apercevoir, tel que le fil ou une petite nuance de couleur. Je le fais pour ma propre satisfaction, et elles sont toujours contentes du résultat.

Wajjahni: Quelle est votre stratégie de communication ?

Rahma: Actuellement, je m'appuie essentiellement sur les réseaux sociaux tels que Facebook et Instagram. Un site web est en cours de développement sur lequel je compte exposer mes créations pour des ventes en ligne en Tunisie et à l'étranger.

Par ailleurs, pour fidéliser mes clientes, je leurs vends la première paire au prix de vente fixé au préalable, ensuite, plus elles achètent plus je leurs fais des remises.  La satisfaction client est un élément primordiale.

Wajjahni: Combien coûtent les chaussures Rahma Najeh?

Les créations Rahma Nejah sont vendues à partir de 120 dinars pour les modèles standards. Pour les modèles sur mesure, c'est un peu plus cher.

Wajjahni: Pourquoi vous ne faites que des chaussures pour femmes? Pourquoi pas les hommes?

Rahma: Ce n'était pas vraiment un choix, au début j'en faisais pour moi même, ensuite, à chaque fois que je fais une collection de 10 ou 12 paires, j'en crée des doubles pour que je puisse les tester en les portant avant de les vendre. Après comme je l'ai déjà mentionné, j'ai vendu à des amies et je me suis retrouvée spontanément en train de créer des chaussures pour femmes. J'en ai déjà créé pour hommes à mes proches mais c'étaient des cas particuliers. D'ailleurs, je compte m'y mettre.

Wajjahni: Quels sont vos futurs projets?

Rahma : Je suis actuellement à la recherche d'un fonds de commerce pour ouvrir mon propre point de vente. Je voudrais ouvrir un atelier "showroom" dans lequel les clientes pourront venir sur place pour choisir les matières, les couleurs et par conséquent je pourrais découper devant elles pour voir ce que ça donne comme combinaison, leur donner une idée sur ma vision et conception des chaussures qu'elles vont porter. Il est très important d'être en contact direct avec les gens, c'est mieux que de délivrer un produit sans les impliquer dans la phase de création et ça peut encore fidéliser la clientèle.

Je voudrais aussi élargir la gamme de mes produits en proposant de nouveaux accessoires tels que des sacs à mains ou des portefeuilles avec des couleurs assorties aux chaussures.

Wajjahni: Est-ce que vous avez un message à faire passer à travers Wajjahni?

Rahma: Peu importe votre idée, votre rêve ou vos ambitions, n'hésitez jamais à essayer de les réaliser et ne laissez personne vous influencer. Au début quand j'ai commencé, on n'arrêtait pas de me dire que c'était "un travail pour hommes". Même quand j'allais voir les artisans, ils me disaient "Toi? Tu vas créer des chaussures? C'est quoi ces couleurs bizarres que tu essaies d'assembler?".

Ma mère, ma sœur et mon meilleur ami m'ont beaucoup encouragé. J'aime beaucoup ce que je fais actuellement et je conseille toute personne qui lira cet article de foncer et de faire ce qu'elle veut vraiment faire.

 

Crédits photos: rahma.nejah

 

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