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Mémoire de la Médina: Les aspirants entrepreneurs de Kairouan

Mémoire de la Médina: Les aspirants entrepreneurs de Kairouan

par Lilia Blaise / mar 07, 2017 / 0 commentaires
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A 30 ans et 36 ans, Manel Abène et Anis Zouabi ont depuis longtemps quitté l'idée d'un métier stable pour l'associatif. Via l'association Mémoire de la Medina, les deux jeunes se questionnent sur comment donner une forme à un projet de tourisme alternatif, en dehors des circuits traditionnels.

 

Manel a depuis longtemps laissé de côté le métier pour lequel elle avait étudié, un Master professionnel de commande des systèmes numériques à l'école des Sciences et de la Technologie de Hammam Sousse. Native de Kairouan, passionnée par le patrimoine écologique et historique, la jeune femme s'est engagée dès 2013 dans l'associatif. Après avoir été volontaire  dans  les bureaux de l'ISIE pour les élections  de 2011 et 2014, et active pour encourager les femmes à faire de la politique, elle choisit de créer Mémoires de la Médina avec d'autres jeunes de Kairouan. L'un des premier projets s'inscrit dans le tourisme alternatif qui commence à être en vogue en Tunisie.

 

Avec le programme éclaireurs de charme, Manel montre à des Kairouanais, des Tunisois et même des Algériens tout un patrimoine inconnu: des sources d'eau chaude dans le village de El Alâa, l'un des villages parmi les avant-derniers en Tunisie dans le développement national selon les statistiques de l'INS de 2010, des randonnées vers la ville byzantine de Oueslatia avec des artistes afin de mettre en valeur à travers eux le patrimoine, la balnéothérapie du patelin de Hajeb El Layoun. "Tout a commencé lorsque nous essayions de récolter des fonds en 2015 pour restaurer le monument de Bir Barrouta, un puit traditionnel datant du 9ème siècle et ensuite les autres projets se sont enchaînés". Avec son acolyte, Anis, 36 ans, trésorier de l'association et ancien commercial qui a choisi de se mettre en freelance pour s'investir plus dans l'association, ils récoltent de nouveaux fonds via l'Institut Français en Tunisie pour les éclaireurs de charme.

 

Mais la difficulté reste dans la pérennité du projet de ces deux aspirants entrepreneurs. "Le système de l'association, c'est bien mais pour nous qui voulions monter un vrai projet de tourisme alternatif cela reste très limité."Anis et Manel ont déjà été confrontés à plusieurs problèmes. Pas de possibilité d'organiser des circuits touristiques sans être une agence de voyage. Et pour faire partie de la communauté très fermée des agences, il faut un capital de 150 000 dinars ou se syndiquer et respecter une charte bien précise.

 

"Les sites archéologiques que nous faisons visiter ne sont pas forcément répertoriés et même si nous avions un soutien régional, des bus et même un garde pour assurer notre sécurité, nous ne pouvons pas légaliser tout cela" déclare Manel.

 

Ils réfléchissent aujourd’hui à aller plus vers le modèle de l'entrepreneuriat social pour développer aussi les liens qu’ils ont mis en place avec des artisans locaux qui produisent de la harissa traditionnelle ou de l’huile de figue de barbarie. “L’idée, c’est que l’ensemble des circuits que l’on réalise doivent promouvoir une production locale, donc nous aimerions offrir un package où les visiteurs vont aussi à la rencontre de ces jeunes coopératives” dit Manel.

 

Si les deux amis planchent encore sur la mutation de leur statut et de leur modèle économique, ils admettent ne pas regretter leur ancienne vie. “Je gagne de moitié ce que je gagnais quand j’étais salarié dans le privé mais au moins, j’ai de vrais projets avec cette association qui me semblent être utiles aux gens” constate Anis.

Le but de Manel est d’encourager les jeunes à davantage s’investir que ce soit dans son modèle ou dans une autre association afin de lutter contre le chômage et l’abandon scolaire.

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