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Leila Ben Gacem : Entreprendre pour valoriser la Médina et le patrimoine

Leila Ben Gacem : Entreprendre pour valoriser la Médina et le patrimoine

par Lilia Blaise / jan 19, 2017 / 0 commentaires
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Leila Ben Gacem

Après une maison d’hôtes dans une demeure vieille de trois siècles, une campagne pour rendre de nouveau viable la fabrique de la balgha, la fondation d’un journal et soutenu la numérisation d’archives musicales, la Médina de Tunis n’a plus de secrets pour Leila Ben Gacem qui vient d’ouvrir un espace de co-working  en plein coeur de la vieille ville. A 47 ans, cette entrepreneuse est devenue sans le vouloir une mécène du patrimoine.

 

Du crowfunding pour sauver la Rachidia, une association de musique fondée en 1934 qui recèle les archives du Malouf tunisien aux appels pour financer un projet de reprise de l’industrie de la balgha artisanale, via des ambassades, Leila Ben Gacem sautille entre les médiums pour trouver les fonds qui lui permettront de préserver sa ville de coeur, la Médina.

Née en Tunisie à Beni Khalled dans la région du Cap Bon, fille d’un ancien fonctionnaire du Ministère l’économie, Leila quitte le pays à trois ans pour les Etats-Unis, puis part vivre à cinq ans aux Emirats Arabes Unis. Elle passe ses vacances en Tunisie et revient de temps à autre, entame des études dans le secteur biomédical puis dérive vers le consulting et décide de renouveler à sa façon le tourisme tunisien. En 2006, elle tombe sur un ancienne demeure dans la médina qu’elle achète avec l’aide de sa famille et décide de restaurer en maison d’hôtes. Les dés sont lancés, Leila ne peut s’empêcher de réhabiliter chaque parcelle des souks. Dar Ben Gacem n’est plus seulement une maison d’hôtes, c’est un espace pour créer des projets, une mini entreprise sociale pour Leila qui fonde en même temps sa propre société de consulting, Blue Fish, pour soutenir l’intégration des artisans et les aider à s’exporter sur le marché international.

En voyant des babouches importées de Chine, elle décide de lancer un projet autour de la réhabilitation de l’artisanat traditionnel et de faire revenir les artisans aux méthodes ancestrales pour faire des balgha. Pour que le tout soit de nouveau viable, elle les présente à des designers chargés de réinventer des modèles attractifs pour la clientèle. Même action pour la Chechia. Puis vient en 2015, le journal de la Médina. Avec un architecte allemand Raoul Cyril, elle lance un journal officiel de la Médina où les histoires de la rue viennent faire écho aux récits des artisans. “Chacun se l’est approprié, chacun en parle,  comme si c’était une identité à part entière. Cela crée une vie de quartier et contribue à l’entretien du lien social dans le quartier” décrivait Leila à l’époque. L’exemplaire est tiré à 1000 exemplaires et distribué gratuitement aux commerçants et habitants. Le sixième numéro est paru en Janvier 2017.

Après avoir travaillé en Allemagne, Aux Emirats Arabes Unis et en Libye, Leila a définitivement installé ses quartiers en Tunisie depuis 2013. Il n’est pas rare de la voir à Dar Lasram dans des brainstorming autour de la médina et de ses ressources, ou dans le hall du Palais des Congrès lors de Tunisia 2020 pour pitcher de nouveaux projets comme un programme de signalétique du patrimoine. C’était l’un des deux seuls projets culturels soumis lors de la conférence sur l’investissement. Leila arrive se mouvoir dans tous les milieux avec un seul but: l’impact économique de ses projets. “Il faut garder à l’esprit que même si on veut réhabiliter le patrimoine, il faut que cela soit viable économiquement sinon tout le secteur va mourir” dit-elle en parlant d’une main d’oeuvre qui ne gagne pas plus pour une toute une chaîne de production qui elle, a beaucoup augmenté depuis la révolution.

Pour numériser les archives de la Rachidia et permettre aux étudiants en musicologie de les consulter, Leila Ben Gacem utilise le crowdfunding pour récolter les 5000 euros nécessaires à la digitalisation des papiers. Pour d’autres projets comme la restauration du bâtiment de fabrication de la chéchia, elle est encore en recherche de financement. “C’est un peu difficile car c’est un projet qui appartient à une coopérative et non à l’Etat et elle est très délaissée” dit-elle.

Un espace de classe à Dar El Harka

Leila a inauguré début janvier l’espace Dar El-Harka qui se veut être un hub pour les nouveaux espaces d’expressions de la Médina mais aussi un lieu de transmission grâce à un financement de Yunus Social Business. “Nous continuons sur cette idée d’utiliser les espaces abandonnés de la Medina pour en faire des lieux de vie pour la communauté” témoigne-t-elle. Mis à part l’espace de travail, des cours de calligraphie tunisienne, de oud et de bande dessinée y sont donnés chaque semaine. “Nous sommes progressivement en train de créer un écosystème dans la Médina, j’espère qu’à terme, cela attirera d’avantages d’entrepreneurs et d’initiatives autour du patrimoine” conclue Leila.

 

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