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Issam Essefi, fondateur de BigDeal: "Je suis très content d’avoir réussi alors que personne n'y croyait"

Issam Essefi, fondateur de BigDeal: "Je suis très content d’avoir réussi alors que personne n'y croyait"

par Yasmine Chaouch / jan 18, 2016 / 0 commentaires
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BigDeal est l'un des pionniers des sites de vente groupées en ligne en Tunisie. Son fondateur, Issam Essefi, s’est lancé dans le e-commerce malgré les tentatives de dissuasion de son entourage. Près de 4 ans apres son lancement, BigDeal est le leader du marché. Entretien.
 
Wajjahni: Avant de rejoindre le monde professionnel, quel a été votre parcours académique?
Issam Essefi:  Après avoir eu mon baccalauréat, j’ai intégré l’Institut National des Sciences Appliquées et des Technologies (INSAT) et j'ai fait une spécialité MPI (Math-Physiques-Informatique), mais je me suis rendu compte que j'avais fait un mauvais choix vu la complexité de la spécialité. Je n'étais pas doué pour les mathématiques mais j'étais plutôt attiré par l’informatique. J'ai fait une réorientation et j’ai rejoint l'Institut Supérieu des Etudes Technologiques (ISET) où j'ai étudié les réseaux informatiques. En fait, ce que je voulais c'est avoir un diplôme pour accéder au marché de l'emploi, mais je savais que je n'allais pas faire du travailler dans “les réseaux informatiques”.
 
Wajjahni: Comment avez-vous eu l’idée de lancer BigDeal ?
Issam Essefi: En 2007, j’ai décroché mon premier emploi dans une boite de développement web, et c'est là que j'ai commencé a m'intéresser à l'e-commerce. J'étais développeur web et je voyais naître des sites de vente en ligne, leurs stratégies, les budgets marketing qui les accompagnent. J’ai ainsi commencé a suivre ce secteur dans le monde et en Tunisie. 
J'ai ouvert mon blog et je l'ai appelé "Critique du Web Tunisien", dans lequel je mettais en évidence ce qui se passait sur le web en Tunisie et ce qui marchait a l’étranger. Je proposais mpeme des idées de nouveaux projets e-commerce. Petit a petit des entrepreneurs m’ont contacté et m’ont proposé de s’associer pour réaliser mes idées. Je me suis alors dit que je pouvais développer mes propres projets. Avant je pensais qu’il fallait juste avoir l’idée et tout marcherait tout seul. Il faut avant tout adapter l’idée à l’environnement dans lequel on vit.
J’ai proposé l’idée à un ami et il m’a dit que l’idée était folle: “Le Tunisien avant d’acheter une baguette hésite entre 5 puis choisit la plus parfaite, comment lui vendre un produit qu’il n’a jamais essayé ?” me disait-il. J’ai donc joué sur autre chose; trouver les meilleurs deals aux meilleurs prix et les proposer. Le 9 mai 2012 BigDeal a été lancé.
 
Wajjahni: Combien étiez-vous au départ?
Issam Essefi: Nous étions deux co-fondateurs. Nous avons co-loué un bureau à Montplaisir, nous n’avions qu’une table, trois chaises, deux ordinateurs et un modem. Nous avons commencé à travailler le 2 janvier 2012. Donc du 2 janvier jusqu'au 9 mai nous préparions le site web, l'approche commerciale, on signait les contrats, et on convainquait des commerçants de faire affaire avec nous.
 
Wajjahni: Justement, comment avez-vous réussi à convaincre les commerçants de vous suivre?
Issam Essefi: Ils ne nous connaissaient pas et nous n’avions encore rien de concret. Malgré cela nous sommes arrivés à négocier même avec de grandes marques. Tout ce que nous avions proposé était notre idée et notre façon de voir les choses et pourquoi nous allions réussir. Aujourd'hui, je dis toujours que beaucoup de gens avaient signé avec moi alors qu'ils ne croyaient pas trop en ce je disais, mais que je les impressionnais tellement avec ma façon de présenter le projet. Ils avaient accepté juste parce qu’ils étaient curieux de voir ce que j’allais faire! 
Après 3 ans d'existence, nous avons un siège social dans Tunis, deux agences commerciales: l'une dans le Cap Bon et l'autre à Sousse, une équipe de 35 personnes, un chiffre d'affaires très respectable. Notre premier chiffre mensuel était de 3000 dinars, pour l’année 2015 nous visons un chiffre d'affaires  1 million de dinars. (Interview réalisée en décembre 2015, ndlr).
 
Wajjahni: Le e-commerce avait du mal à décoller en Tunisie à l'époque, vous étiez-vous quand même confiant ?
Issam Essefi: Je suis très content d’avoir réussi à générer des revenus via Internet alors que personne n'y croyait, même ma mère m'a dissuadé et m'avait suggéré de trouver un autre travail en parallèle car j'étais marié et avec un enfant. Quand j'ai lancé mon projet, mon fils avait un mois. J'ai quitté mon emploi, j'ai volontairement fermé toutes les portes pour ne pas revenir en arrière et je me suis lancé. 
 
Wajjahni: Comment avez-vous surmonté les moments de faiblesse ?
Issam Essefi: Ne pas avoir d'autre choix fait partie des raisons qui m'ont fait avancer et réussir. Quand j'ai lancé le site de BigDeal et que j’y ai mis les produits il n'y avait rien, je n’ai rien remis en question et j’ai persisté. Personne n'était confiant, pas même mon associé qui m'a proposé de faire du développement web au cas pù BigDeal ne marchait pas. Par exemple quand je faisais les entretiens pour recruter les premiers commerciaux et les vendeurs, au premier du mois tout le monde se regardait et se demandait si j'allais les payer ou pas. 
 
Wajjahni: Vous avez cru en votre projet et aujourd'hui il marche très bien.  Aujourd'hui, il y a beaucoup d’autres sites parmis lesquels ceux qui vont copier votre modèle et éventuellement faire mieux que vous. Comment faites vous face à la concurrence ? 
Issam Essefi: L'une des faiblesses de ce business model est qu'il est très facilement copiable, et d'ailleurs on en a vu de toutes les couleurs: il y a mêmes ceux qui ont carrément copié la charte graphique de BigDeal en changeant le rose par du vert. Mais c'est tout à fait normal et prévu et ça on le savait dès le départ. Il y aura toujours une sélection naturelle qui interviendra automatiquement au fil du temps. D'ailleurs aujourd'hui en France, il n'y a que Groupon, avant lui il y avait une trentaine de sites et ils ont, soit changé de modèle économique, soit fermé. Il y aura toujours un leader, un ou deux dauphins et rien d'autres. 
 
Wajjahni: Quelle est la prochaine étape pour Bigdeal?
Issam Essefi: Couvrir le maximum de territoire en Tunisie et de proposer d'autres concepts et modèles économiques sous la marque Bigdeal. Début 2016, nous lançons BigDeal Shopping. Ce sera une boutique en ligne, chose que je voulais faire dès le début. Finalement je vais le faire en 2016, 4 ans après avoir lancé Bigdeal. Aujourd'hui on propose des deals, dans pas longtemps on vendra des produits en ligne et qui sait dans quelques années on pourra peut-être vendre des appartements ou des voitures! On peut tout vendre du moment qu'on a la confiance de nos consommateurs et qu'on fait les choses dans les règles de l'art.

 

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