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Elhouch, de la céramique chinoise à l'artisanat tunisien

Elhouch, de la céramique chinoise à l'artisanat tunisien

par Lilia Blaise / mar 01, 2017 / 0 commentaires
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mohamed ben abdallah el houch

Comment renouer avec l’artisanat traditionnel en Tunisie? Mohamed Ben Abdellah, 29 ans et céramiste a décidé de lancer son propre atelier en plein coeur d’Houmt Souk à Djerba. Entre entrepreneuriat et volonté de rester authentiques, son business model est basé sur le long terme.

 

Un atelier à ciel ouvert dans une maison traditionnelle de Djerba, des fours desquels sortent des petits oiseaux et vases en céramique qui jonchent le sol, prêts à être peints. Mohamed Ben Abdellah, fondateur de Elhouch, monté avec une équipe de jeunes artisans, planche quotidiennement de 8h à 20h dans son cocon, pour forger des modèles uniques de sculptures en céramique, 100% tunisiens.

 

Le jeune homme a commencé sa carrière de céramiste/potier/sculpteur lors d’un stage en Chine après un master de recherche en sciences et techniques des arts avec une spécialité en céramique artistique. “Je suis parti en stage en Chine à Jingdezhen (la capitale mondiale de la porcelaine) où j’ai appris plutôt le savoir-faire en tant qu’artisan et une qualité haute gamme”. Dans une école de céramique de 36 000 élèves où les Chinois créaient les poteries des empereurs pendant des siècles, Mohamed apprend pendant deux ans, l’artisanat.

A l’heure où ses collègues de la médina bradent du Made in China dans leurs magasins, Mohamed est allé chercher le savoir-faire authentique afin de remettre au goût du jour la céramique tunisienne sur le déclin.

 

“Ici, l’image de l’artisan s’est dégradée. On voit un homme pauvre voulant à tout prix vendre une marchandise bas de gamme alors que l’artisanat est un métier noble”.

Il commence en 2015 avec un autofinancement pour trouver son local et acheter un premier four. Il fait une formation de 6 mois avec le PNUD pour son business model en tant qu’artisan et obtient 25 000 dinars de financement dont 8000, nécessaires pour restaurer le local. “J’ai pu acheter du matériel et développer l’aspect artistique des produits et aussi financer mes participations aux foires et aux salons.”

 

Pour 10 jours d’exposition à la foire du Kram par exemple, Mohamed doit payer 1200 dinars pour son stand mais aussi le transport de sa marchandise (500 dinars), l’hébergement, les flyers, les cartes de visite et la décoration du stand. “Le tout peut revenir à 4000 dinars pour pas forcément le même bénéfice” déclare-t-il. En 2016, il y a gagné le meilleur prix de l’artisanat.

 

 

Pour l’instant, Mohamed ne peut pas encore se tourner vers l’export car il s’occupe à la fois de la production et du marketing de Elhouch, seul. Le site web a été fait par un ami à lui et le reste, les réseaux sociaux ou le networking par exemple, sont de son ressort. “Ma seule visibilité en Europe, c’est surtout ma participation au salon de Maison et Objet” auquel il prend part depuis deux ans.

 

Alors que les jeunes étudiants des Beaux-Arts font des stages à Elhouch pour se former avec Mohamed, l’artiste se projette déjà dans les cinq prochaines années. Pour lui, la priorité est de travailler en coopérative avec les jeunes pour pouvoir transmettre son savoir-faire mais aussi réduire les coûts de marketing. “A plusieurs, on peut aller faire un salon à l’étranger, alors que si chacun s’installe seul à son compte, ça revient trop cher” dit-il.

 

Pour lui, les cinq premières années servent à valoriser la marque, puis viendra le temps des bénéfices. “Pour l’instant, on arrive à vendre suffisamment pour acheter de nouveaux fours et survivre, le bénéfice viendra plus tard. Je ne compte pas me marier tout de suite donc tout va bien” rigole-t-il. Bien qu’il vende un peu à l’étranger via un intermédiaire, Mohamed Ben Abdellah est réticent à l’idée de créer une plateforme en ligne pour la vente de ses produits. “Pour moi, la céramique c’est comme un coup de foudre, les gens doivent pouvoir venir dans l’atelier, voir comment ça se fait, toucher la texture et le regarder dans la lumière pour avoir envie d’acheter une pièce unique, ce n’est pas un smartphone que l’on peut acheter en un clic” commente-t-il.

 

Serein avec son business model, le jeune homme travaille sans cesse à créer de nouvelles pièces. Des vases mais aussi des miniatures d’habitants de Djerba, des assiettes, des scènes de vie. Il mise sur l’unicité de chaque produit et le soin apporté aux finitions. “J’ai rencontré dernièrement l’ambassadeur du Japon et j’ai pris un café avec lui, je pense que je n’aurais jamais eu de telles opportunités si je n’avais pas fait de ma passion, mon métier”, conclut-il.

 

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