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Cyril Grislain Karray: Les conseils d'un Business Angel aux entrepreneurs

Cyril Grislain Karray: Les conseils d'un Business Angel aux entrepreneurs

par La rédaction / nov 11, 2015 / 0 commentaires
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Ancien de Mckinsey, le franco-tunisien Cyril Grislain Karray, est aujourd'hui l'un des "business angels" les plus actifs en France selon le magazine Challenges, qui le classe 20ème  avec 525 000 euros investis dans 7 startups.

Régulièrement sollicité par les jeunes entrepreneurs, notamment tunisiens, Cyril Grislain Karray a décidé de leurs adresser à travers sa pages Facebook publique, une série de conseils et plus particulièrement ceux dont les projets dans le digital (applications et services en ligne).  Nous le reproduisons ici pour vous faire profiter. Bonne lecture!

" J'attire en particulier l'attention des très nombreux tunisiens qui voient leur avenir dans le développement d'une 'app' (application, ndlr): à peine 22 développeurs se partagent plus de la moitié des recettes mondiales, dont parmi eux les 10 premiers jeux. L'autre moitié du gâteau est partagée par ... près de 400.000 développeurs, qui n'en retirent en moyenne que 8.000$ chacun.

De même, les premières applications en audience se monétisent en dehors de l'app (Facebook, UBER, etc.) Comme le dit cette étude: "good luck getting rich in the app store". (Bonne chance pour devenir riche à travers l'app store, ndlr).

Par ailleurs, recevant plus de 4 dossiers d'entrepreneurs par jour du monde entier, j'en profite pour partager quelques messages à toutes celles et ceux qui veulent se lancer. En particulier mes chers compatriotes qui sont nombreux à partager leurs projets avec moi:

- Ce n'est pas parce que TU as une idée que c'est forcément une bonne idée. Et avant de te lancer, vérifie d'abord si il n'y a pas déjà plusieurs autres qui ont fait la même chose et pourquoi devrais-tu encore la lancer (au delà du fait que ce soit 'ton' idée). Je constate pour ma part qu'il y a en Tunisie très peu d'idées originales.

- Les logiques de différentiation du type: "oui mais moi je vais ajouter tel feature, mon design est mieux, je vais offrir à moindre prix.." ne te mèneront probablement pas très loin non plus. Si il y a déjà de la compétition, plus encore financée à coup de millions d'euros. Il faut vraiment que tu aies trouvé des idées géniales et ultra différenciatrices et une technologie très spéciale pour quand même te risquer dans la bataille.

- Si ton site ou app' a comme pour dimension la Tunisie, voire le Maghreb, il est à peu prêt certain que cela ne te mènera pas loin.

- Si t'es en Tunisie et que tu fais un site ou une app' avec objectif le Monde Arabe, et que c'est en français, là aussi tu n'iras probablement pas très loin non plus.

- En revanche, je pense qu'il y a un monde d'opportunité à répliquer des sites / apps qui cartonnent ailleurs pour les arabophones. Ce qui inclut les opportunités de créer de (très) larges communautés thématiques ou culturelles, pour se revendre ensuite aux géants des réseaux sociaux. Mais il faut avoir les reins financiers solides pour faire face aux coûts avec souvent peu de recettes dans ces thématiques.

- Pour les applications ou sites dont le modèle de recettes est basé sur la publicité en ligne tunisienne ou maghrébine: le taux de croissance du marché de la publicité en ligne de part chez nous est certes attractif, mais reste en valeur absolue très petit, et largement phagocyté par les géants de l'audience.

- Cela n'arrive jamais qu'un très bon projet ne trouve pas de financement. Donc si tu ne trouves pas de financement, c'est certain que ton projet n'est pas très bon, ou que tu ne le présentes pas comme il faut.

- De plus, un investisseur, aussi 'angel' soit-il n'est pas un donateur. C'est quelqu'un qui veut gagner de l'argent (d'où le 'business' dans Bussines Angel). Et tant qu'à faire, beaucoup. Surtout vu les risques pris. Et pour en gagner, il faut qu'il ou elle puisse revendre sa participation dans 5 à 8 ans selon les cas. Et c'est à toi d'imaginer si et comment cela sera possible.

- Un modèle qui marchera en revanche, c'est le développeur très habile en technologie et en design, qui peut le lancer seul (auto-entrepreneur), financé par la famille et les amis, des applications malines et pas chères à opérer. L'entrepreneur ne gagnera pas des millions, mais pourra en tirer un salaire très décent. Pensez au développeur de 2048 par exemple (Katchapp: lui étant particulièrement très habile, et d'ailleurs en a lancé plusieurs derrière en utilisant le même algorithme de base).

Sur un autre registre, je constate que de même que les lettres de motivation sont souvent d'une qualité très faible, les pitch de levées de fonds aussi. Par manque de coaching et d'exposition aux bons exemples sans aucun doute. Alors quelques conseils :

         - Tu DOIS me faire rêver. Je sais bien tous les risques que je prends en investissant dans des start-ups. Je sais en particulier que nombreuses finiront en liquidation. Alors au moins, fais moi un peu rêver !

        - Si tu as une expérience solide (typiquement quelques années dans de super boites de technologie et/ou des réalisations concrètes), cela augmentera énormément tes chances.

        - Si t'es tout seul, c'est toujours douteux. Quelqu'un qui se propose de convaincre des millions de gens d'utiliser son produit, mais n'est pas capable de convaincre un ou deyx talents de le rejoindre dans l'aventure ... cela ne fait pas très crédible.

       - Aucun n'investisseur ne croit non plus dans "LE" ou "LA" entrepreneur qui sait tout faire super bien, et du coup peut rester en one man show ou woman

      - Fuis les "buzz word" et le "bullshit bingo" de mots qui sont aussi savants que ne veulent rien dire. Juste explique quel est le problème "concret" que tu essaies de résoudre, comment tu t'y prends concrètement et en quoi ça peut concrètement devenir un (très) grosse entreprise. dès les premières lignes. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement, et les mots pour le dire vous viennent aisément.

     - Arrête d'envoyer des emails du type drague facebookienne (véridique et ultra fréquent): "slt, cv? j'ai le projet de monter un site et comme t'es investisseur, je te propose de prendre un café pour en parler". Au delà des évidences, j'ajoute qu'aucun investisseur n'a le temps (ni la santé) de prendre un café pour chaque dossier qui circule. Sauf si c'est Monsieur Nespresso peut-être! Ah, important aussi; les café qui durent "juste 15 minutes", ça n'existe pas.

   - Envoie toujours un document aussi concis que précis possible. Penser qu'il faut y aller au compte goutte avec l'investisseur, c'est ne pas comprendre la réalité de la vie d'un investisseur professionnel: des dossiers, il en pleut. L'entrepreneur qui envoie tout, bien, dès le premier contact, a plus de chance d'être étudié.

   - Fais très attention à quel salaire tu penses te verser dans les premières années. Les investisseurs prennent d'énormes risques. Non pas pour parier sur des fonctionnaires-salariés derrière un site web qui ont besoin d'argent pour se marier (là aussi, véridique et ultra fréquent).

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