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Community Manager : Un métier qui recrute

Community Manager : Un métier qui recrute

par Lilia Blaise / fév 17, 2017 / 0 commentaires
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social media tunisie

Née avec les réseaux sociaux, et très prisée par les entreprises depuis quelques années, la profession de community manager peut être source d’emploi en Tunisie aussi bien dans le secteur privé que public.
 
En poursuivant ses études d'informatique, Ahmed Hattab aujourd'hui trentenaire n'aurait jamais imaginé qu'il siègerait sur les bancs de l'Assemblée pour scruter et retranscrire sur les pages Facebook et Twitter l'actualité des députés. “C’était nouveau pour tout le monde même pour moi, un geek, qui devais mettre une cravate tous les jours” déclare le community manager de l'Assemblée des Représentants du Peuple (ARP).
 
Presque inconnue il y a encore quelques années, la profession de community manager est devenue très prisée en Tunisie surtout depuis la révolution où les ministères et les partis politiques se sont amourachés de pages Facebook à tout va. “Près de 66% des députés ont une page Facebook aujourd’hui en Tunisie et l'alimenter régulièrement”, commente Ahmed qui a fait ses premières armes dans le digital en devenant community manager pour le parti Ettakatol lors des premières élections législatives. 
 

 

 

Ahmed Hattab (au milieu), en train de suivre les travaux de l'ARP et de les diffuser sur les réseaux sociaux

 

Pour Nesrine Raja Bensedrine, consultante en digital, la profession commence à se structurer depuis deux ans. “Avant on parlait encore de ‘rédacteur web’ et non de CM, puis les entreprises ont commencé à voir l’intérêt de se positionner sur les réseaux sociaux”. Selon elle, la Tunisie comptait seulement une centaine de community managers et en 2016, près de 500. Des chiffres difficiles à vérifier, vu le manque de données sur le domaine.
 
Certaines agences recrutent désormais directement en Tunisie pour des entreprises comme l'agence de marketing digital suisse Eminence  qui a ouvert une antenne en Tunisie depuis 2013. “Il y a eu un grand boom dans la demande surtout depuis 2014 quand les entreprises ont vu le potentiel de Facebook en Tunisie” témoigne Wael Challouf, chef de projet pour la branche tunisienne d’Eminence.
 
La formation classique qui mène au métier de community manager est désormais accessible via des Licences et Master en Marketing, avec depuis deux ans certaines écoles qui offrent la spécialité “digital marketing”. Ahmed s'est spécialisé dans la communication digitale dans les campagnes politiques via des cours accélérés de l'université BERGH en Suède. 
 
Mais pour d'autres, le métier de community manager est aussi un moyen de reconvertir rapidement des diplômés chômeurs. “Dans nos formations nous avons 25% de personnes qui sont déjà dans le domaine et le reste qui souhaite changer de métier” déclare Abdelkarim Ben Abdellah fondateur du Social Media Club à Tunis qui organise des formations agréées par l'organisation internationale Social Media Club.
 
“Nous recevons une dizaine de demandes par semaine d'entreprises qui cherchent des personnes qualifiées pour ce poste” ajoute-t-il.
 
Via des week-ends de formation payants entre 300 dinars pour les professionnels et 250 dinars pour les étudiants, il apprend les bases du digital dans le but de former des personnes opérationnelles rapidement, et ce dans plusieurs régions; Sousse, Nabeul, Tunis, Bizerte et Sfax.
 
A Wecodeland, un programme lancé par l’entrepreneure Wala Kasmi, le but est de faire des jeunes, les nouveaux leaders du pays grâce au digital. Elle propose des formations de trois mois et demi maximum sur le numérique. L’une de celles qui marche le mieux actuellement est celle de community manager, elle est proposée en partenariat avec les universités pour 10 dinars, et dans les centres de formation plus spécialisés, à 25 dinars par personne. 
 
“Les entreprises offrent même parfois des bourses pour ces formations étant donnée la forte demande” déclare Wala Kasmi.
 
D’autres se reconvertissent directement au sein l’entreprise comme Wael Challouf qui est entré comme Community manager et qui a ensuite évolué. C'est le cas également de Jamel Ben Saidane, community manager pour Ooredoo où il est entré d'abord comme conseiller commercial. “C'est très différent des métiers dans les centres d'appels où vous êtes un peu isolés. Dans une agence comme Ooredoo,je gère le rapport au client via la page Facebook par exemple où chacun peut mettre des commentaires” témoigne Jamel. 
 
La profession est rémunérée entre 750 dinars (pour les débutants) et 1500 dans la plupart des entreprises et agences de communication. Ahmed précise que dans le secteur public, le métier n'est pas bien rémunéré, car il correspond à un poste et non pas à l'évaluation du salaire par rapport aux compétences. “Après, c'est aussi très intéressant de travailler comme CM dans une institution publique. Vous apprenez beaucoup, il faut vulgariser les travaux de l'Assemblée, suivre les déplacements,  interagir avec les députés ou encore faire des livestreaming des séances” avance Ahmed qui est aussi en train de collaborer à la mise en place d'une plateforme plus performante que le site internet de l’Assemblée dans sa forme actuelle et un intranet pour les députés. 
 
L'un des bémols de la profession est qu'elle évolue en permanence et peu de jeunes restent au poste de CM pendant une durée de plus d'un ou deux ans. “Nous avons du mal aujourd'hui à trouver des community managers seniors, car la plupart des jeunes évoluent vers le poste de digital planner ou de commercial” explique Wael Challouf.
 

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