Vous êtes ici

Chemseddine Mechri, fondateur de "Né à Tunis": Du design à l’entrepreneuriat social

Chemseddine Mechri, fondateur de "Né à Tunis": Du design à l’entrepreneuriat social

par Lilia Blaise / nov 29, 2016 / 0 commentaires
Catégories: 

Né à Tunis Chemseddine Mechri

A force de persévérance, Chems Eddine Mechri plus connu sous le nom de sa marque de design "Né à Tunis", est devenu un entrepreneur de renom et vient d'obtenir une subvention de 5000 dinars de la part la Yunus Social Business Tunisia (YSB Tunisia) afin de pouvoir développer leurs projets d'entreprise sociale. Le chemin a pourtant été semé d’embûches pour ce jeune designer.

 

Chems Eddine a commencé à travailler depuis l’âge de 23 ans mais ce n’est qu’à trente ans que l’homme estime pouvoir dire fièrement qu’il gagne sa vie grâce à ses designs. Ses luminaires en tôle d’aluminium ajourés à la main de motifs calligraphiques ou de dessins sont devenus sa marque de fabrique. De 50 à 1000 dinars, les produits, lustres, lampes, appliques murales et meubles se vendent désormais dans plusieurs boutiques de la capitale. Pourtant le jeune designer, aujourd’hui âgé de 36 ans, a connu de multiples découragements avant d’accéder à la renommée. “J’ai reçu très peu d’encouragements à mes débuts car je dessinais des meubles peu fonctionnels et qu'il n'y avait pas une vraie culture du design en Tunisie” dit-il, assis dans son atelier et magasin à la maison de l’artisanat à Denden. Issu d’une formation en design-produit à l’Institut des beaux-Arts à Tunis, Chems Eddine a cherché pendant longtemps le design d’un produit qui pourrait marcher en Tunisie. “Je faisais beaucoup dans le design-art, travaillant dans l'acier et le bois, dessinant des meubles un peu ludiques. ça ne marchait pas trop”, raconte-t-il.

 

 

Il commet aussi des erreurs qu’il tente de faire éviter aux jeunes qu’il forme aujourd’hui: “J’ai obtenu un prêt pour acheter des machines et du matériel neufs au prix fort, alors que j’aurais pu acheter des machines d’occasion et surtout faire le tri dans ce dont j’avais besoin” dit-il. Sans une aide familiale pour monter son projet, Chems Eddine n’aurait sans doute pas persévéré durant toutes ses années. Sa force réside aussi dans l’authenticité de sa marque qui tente de valoriser le patrimoine et le savoir-faire tunisiens. Le bois d’olivier utilisé pour les lampes provient de Sfax et de Sidi Bouzid, d’autres matériaux viennent du sud de la Tunisie, d’autres comme la fibre végétale de la Halfa proviennent des artisanes de Jradou et Hergla. Avec sa marque, Chems Eddine a monté une mini-entreprise où il fait travailler des dizaines d’artisans dans le pays. “C’est le fruit d’un travail de rencontres mais aussi de restauration d’un savoir-faire qui risque de disparaître si on ne l’utilise pas” dit-il. Là encore, le contact n’était pas facile. “J’ai mis beaucoup de temps avant de me faire accepter par les femmes de Jradou par exemple, il faut instaurer un lien de confiance et leur montrer que moderniser leur produit avec une touche design ne revient pas à dégrader le produit originel mais au contraire, à l’enrichir” témoigne-t-il. Des séchoirs-ateliers des femmes de Jradou à son propre atelier à Tunis, Chems Eddine a mis en place sans aide extérieure, une chaîne de production à vocation sociale. “Tout ce que je gagne, par exemple, est réinvesti dans l'entreprise” dit-il.

 

 
 

Parallèlement à son activité, l’homme enseigne à l’ISAM Kairouan et l’ESSTED à Tunis, pour lui, le designer se doit d’avoir un regard engagé sur son art en Tunisie. “Pour certains designers, la question écologique est vue comme une contrainte alors que selon moi, c’est un atout. Avec les artisans, on récupère et on utilise tous les matériaux pour créer des objets qui soient beaux mais aussi fonctionnels” déclare-t-il. Des poufs en Halfa aux porte-manteaux en bois d’olivier, Chems Eddine décline sans cesse la marque qui ne se réduit pas qu’aux décorations lumineuses.

 

Son succès ne commence qu’après la révolution via le bouche-à-oreille et les photos qu’il poste sur les réseaux sociaux, aujourd’hui, le designer dit arriver à gagner sa vie de ce design artisanal: “Chaque lampe prend entre trois semaines et un mos à être réalisée, nous évitons le rythme industriel mais nous produisons en fonction des commandes, qui peuvent être nombreuses” dit le designer qui s’expose dans les salons de l'artisanat et du design en Tunisie et à l'étranger.

 

Dans son enseignement, il essaye surtout de faire profiter à ses étudiants de son réseau: “J‘essaye de leur donner des outils pour qu’ils perdent moins de temps que moi en sortant de l’école mais il faut beaucoup de persévérance pour réussir dans ce milieu, beaucoup de mes amis sont partis à l’étranger mais moi, je voulais offrir un produit 100% tunisien qui soit accessible à tous” témoigne Chems Eddine qui sait s’adapter à tous les goûts. Pour les clients qui veulent des sourates du Coran sur les luminaires, il s’adapte en modernisant avec des motifs calligraphiques, pour d’autres qui ont des enfants, il imite des motifs de personnages de dessin animé. D’abord artiste incompris, l’homme a su trouver sa voie en alliant lignes actuelles et patrimoine local, et en faisant de son design, un nouveau moteur pour l'entrepreneuriat social.

 

Dans la même catégorie