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Aymen Mekki et Slim Khmissi: Fondateurs des premiers hologrammes 100% tunisiens

Aymen Mekki et Slim Khmissi: Fondateurs des premiers hologrammes 100% tunisiens

par Yasmine Chaouch / fév 01, 2016 / 0 commentaires
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Slim Khmissi, 28 ans, diplômé en design graphique de l'Institut Supérieur des Arts Multimédia de la Manouba (ISAMM), et Aymen Mekki, 30 ans, diplômé en réseaux informatiques de l'Institut Supérieur des Etudes Technologiques (ISET) de Rades, ont fondé la startup Mirage Holograms courant 2015. Les deux jeunes entrepreneurs sont les premiers en Tunisie à offrir aux clients et aux agences la possibilité de présenter leurs produits sur des vitrines holographiques. Entretien.
 
Wajjahni: Quel était votre parcours avant Mirage Holograms ?
Slim Khmissi: Après avoir fini mes études, j'ai travaillé pendant 3 ans dans une agence digitale de marketing. Avec Aymen, mon ami d'enfance, nous voulions nous lancer et vivre notre propre aventure, alors j'ai tout mis de coté et nous avons loué un petit bureau pour travailler. Les premières idées étaient les projections et les animations 3D essentiellement dans les festivités et les spectacles.
 
Aymen Mekki: J'ai commencé à travailler comme développeur web dans une petite agence. Quand nous avions loué le bureau avec Slim en 2011, nous avions travaillé sur l'événnement "Sunny Street Day". C'était notre premier expérience de "Mapping 3D" et c'était aussi une première en Tunisie, après la campagne de Syphax qui avait été faite par une boite italienne.
 
Wajjahni: Comment vous est venue l'idée de migrer vers les hologrammes?
Slim et Aymen: Nous avions passé 3 ans à travailler sur le Mapping 3D, puis nous avons voulu essayer l'hologramme. Nous avons constaté que le coût d'import en Tunisie était très élevé. C'est comme ça que nous avions décidé de travailler dessus nous-mêmes. Le produit ne se vend pas parce que son coût était élevé donc nous avons essayé d'établir un coût accessible en Tunisie.
 
Wajjahni: Combien le lancement vous a-t-il coûté?
Slim & Aymen: Des chaises en plastique, un bureau de maison, une patente de 1000DT empruntés et remboursés. Notre premier challenge était de payer le loyer!
 
Wajjahni: Comment avez-vous pu lancer votre projet ?
Slim & Aymen: En octobre 2014 nous avons contacté Intilaq et nous leur avons envoyé notre projet. On nous a rappelé pour faire les tests et pitcher. Nous avions déjà fait notre prospection et nous avions des clients qui attendaient, mais le problème était le financement. Intilaq nous a beaucoup aidé et a très bien accueilli Mirage Holograms. D'habitude, ils sont face à quelqu'un qui a une idée et ne sait pas comment avancer. Mais nous, nous avuons déjà un carnet de contacts bien rempli et notre business plan était prêt.
 
L'équipe Mirage Holograms: (de gauche à droite) Slim co-fondateur, Wahib design images, Aymen co-fondateur et Samiha graphiste 3D
 
Wajjahni: Vu que presque tout était prêt, le lancement a-t-il été accéléré ?
Slim & Aymen: Oui, nous avions déjà une commande de chez Orange Tunisie 10 jours après notre lancement. Nous avons travaillé sur la présentation de l'application Tunisie Passion au musée du Bardo le 4 juin 2015. Le fait qu'une grande firme fasse confiance a une startup âgée de 10 jours nous a beaucoup boosté. Ooredoo aussi nous a fait confiance durant la cérémonie d'annievrsaire du Qatar Friendship Fund (QFF). Notre principal objectif n'était pas de gagner de l'argent mais plutôt de la confiance. Ces deux premiers projets étaient très proches dans le temps (à un jour d'intervalle), alors entre les fournisseurs et la préparation du contenu, c'était très dur. Après, nous avons reçu le financement de la première tranche de la part d'Intilaq (48 000DT sur un financement total de 180000 DT), cela nous a permis d'acquérir un bureau et de nous installer.
En novembre 2015, et grâce au réseau Createch auquel nous appartenons, nous avons présenté le premier théâtre holographique taille réelle en Tunisie, lors de l'évenement ICT4ALL à Hammamet. Nous allons réitérer l'expérience du théâtre holographique avec des artistes professionnels car ça avait plu au public.
 
Wajjahni: Qu'est ce qui encouragerait les clients à venir vers une startup tunisienne plutôt que des entreprises étrangères plus expérimentées ?
Slim & Aymen: Nous assurons la même qualité, avec plus de flexibilité et un prix plus accessible.  Nous ne pouvons pas donner de chiffres car le prix dépend de la durée, de la quantité, de la nature du contenu, la location ou la vente, l'intégration et la création de quelque chose de spécifique, etc.
Mais notre principal atout est l'accompagnement du client. Nous n'intervenons pas uniquement au niveau de la vente, mais dès le départ, dans la phase de branstorming, avec une optimisation du prix, de la qualité, et un suivi de l'opération : c'est tout une campagne et non pas juste la vente d'un produit.
 
Wajjahni: Quels sont vos projets futurs pour Mirage ?
Slim & Aymen: Que Mirage grandisse et soit à la fois une agence de communication et une usine de création des vitrines correspondant aux normes internationales et visant l'export. Nous n'allons pas nous limiter au mapping et aux vitrines, nous allons nous attaquer à d'autres produits.  Nous essayons de nous développer sur le marché, pour avoir un plus grand réseau et assurer plus de ventes. Avec une agence de communication,  nous pourrons faire de la prospection plus facilement. Nous pourrons accompagner le client du début à la fin. Nous ne sommes pas les seuls sur le marché, mais nous sommes les seuls flexibles avec une vision coopérative aussi bien avec le client qu'avec les agences.
 
Wajjahni: En tant que jeunes entrepreneurs, quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut lancer son projet ?
Slim & Aymen: Il faut oser, et il faut faire quelque chose qui vous passionne. Il faut aussi avoir confiance en soi, et en son pays, car bien que beaucoup de gens veulent quitter la Tunisie, il y a toujours des opportunités ici. Il faut aussi oser aller vers les investisseurs, et ne pas avoir peur de recevoir des claques; c'est inévitable et c'est pour votre bien. Après tout, vous êtes en train d'apprendre. Quand vous ramènez une nouvelle technologie à quelqu'un qui n'a aucune idée sur la technologie en question et vous pose la fameuse question: "Qu'allez-vous en faire, comment comptez-vous la vendre?", si vous n'arrivez pas à le convaincre, vous n'arriverez pas à convaincre le client plus tard. Il faut toujours se remettre en question et adapter le produit au marché Tunisien.
Il y a pas mal d'opportunités en Tunisie dans plusieurs domaines, et l'argent existe, mais on souffre du manque d'innovation et du manque d'idées. Les jeunes ne sont pas assez encadrés comme il le faut. Un conseil aux jeunes, c'est de ne pas directement se lancer et travailler un peu au début de sa carrière pour connaître la réalité du marché, se créer des contacts, et avoir une vision plus claire de ce qu'on veut faire. 
 
Vous pouvez voir Le Musée Éphémere du Tatouage, une performance artistique de Wassim Ghozlani durant Dream City, durant laquelle il a fait appel à Mirage Holograms pour illustrer son oeuvre.
 
Premier prototype de borne holographique réalisé par Aymen Mekki et Slim Khmissi pour le compte de la société Eidolon en mars 2014
 

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