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Asma Mansour porteuse d'espoir et d'un projet social solidaire

Asma Mansour porteuse d'espoir et d'un projet social solidaire

par Henda Chennaoui / Juin 22, 2015 / 0 commentaires
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Légère comme un enfant rêveur, Asma Mansour, inspire à la créativité et la réussite rien qu'en la voyant bouger d'une région à une autre et combattre sans relâche pour ses idéaux. À la rencontre d'une jeunesse active, elle fait de son rêve un métier à part entière: démocratiser l'entrepreneuriat social en Tunisie. «Mon coup de foudre avec l'économie sociale a eu lieu au Japon en 2010. Depuis, je consacre ma vie à rendre ce concept une réalité dans mon pays!».

A 29 ans, diplômée en ingénierie-financière, Asma a décidé de défier les idées préconçues et de se lancer dans une aventure inédite. 

L'entrepreneuriat social est une nouvelle conception de l'entrepreneuriat basé sur le respect de l'intérêt général. Souvent au service de la communauté locale ou dans un objectif environnemental, l'entreprise sociale investie la majorité de ses bénéfices au profit de la commune sans pour autant perdre en pertinence et en efficacité. Le "social business" appartient au système de pensées du management et du business. Il se repose sur des principes particuliers comme l'aspect social de l'entreprise, la gestion participative et la limitation raisonnable de ses gains au profit de tous. 

Le premier combat de Asma était celui de sa propre émancipation. «J'ai grandi dans une famille très conservatrice, qui voulait décider mon avenir à ma place. Tout était pour eux déjà fixé! Je devais avoir mon diplôme, intégrer une société de préférence publique, et fonder une famille comme toute femme qui se respecte, selon eux. Du coup, j'ai trouvé une énorme difficulté pour avoir des activités dans la société civile. Il m'était interdit de rentrer après 18h et je devais consacrer tout mon temps aux études alors que j'avais d'autres envies et une vision totalement différente de la vie.» se rappelle Asma avec un sourire amer. Mais ses rêves avaient un élan plus fort que les obstacles familiaux. 

«Quand j'étais étudiante, je cherchais en vain une activité ou un milieu qui pourrait me rapprocher de mes études. Malheureusement, il n'y pas une "culture économique" en Tunisie. Même les médias n'étaient pas nombreux à vulgariser l'économie. Du coup, j'ai cherché dans la société civile et je suis tombée sur la jeune chambre internationale, très active à l'époque.» décrit Asma le début de sa carrière de militante. Sa première action était un appel de don de sang à un étudiant malade. «C'était la toute première expérience sur le terrain qui m'a permis d'apprendre sur le tas. De mes erreurs j'ai réussi à comprendre comment collecter des informations avant de lancer une compagne et comment choisir ses alliés et toucher sa cible. Des années après, j'ai appris que cette démarche s'appelle «learning by doying». Les difficultés vécues avec ma famille m'ont aussi permis de prouver une nouvelle compétence de débrouille et d'adaptation.» se rappelle Asma, nostalgique.

Depuis 2005, Asma Mansour a enchaîné les activités associatives, entre la jeune chambre internationale (JCI) et l'AIESEC, en organisant des événements et lançant des projets, et ce jusqu'à 2011. «Entre temps, je cherchais des nouveaux concepts et une alternative qui pourrait aider les jeunes à être plus autonomes et indépendants. Ce que j'ai appris le plus de mes expériences à l'AIESEC et la jeune chambre est la confiance en moi-même et mes capacités. Je voulais transmettre ça à tout le monde et dire surtout aux jeunes: Vous êtes talentueux! Vous pouvez y arriver! Rien n'est impossible! Si moi j'étais capable de briser les chaines et de voler de mes propres ailes, alors c'est aussi possible pour tout le monde! La réussite de ce que je fais était, effectivement, ce quelque chose en moi qui me laisse très optimiste et positive» raconte la jeune leader. 

En 2010, lors d'un congrès international au Japon, Asma Mansour fait la découverte de l'entrepreneuriat social et différentes expériences réussies à travers le monde. «Quand j'ai vu que c'est possible d'être entrepreneur, faire du profit et faire bénéficier tout le monde et contribuer à son bonheur d'une façon durable, tout en même temps, j'ai réalisé que c'est exactement ce que je cherche. En rentrant à Tunis, je n'avais que ça en tête: appliquer ce que j'ai vu dans mon pays.» Mais sa tâche n'était pas facile, car «il n'y avait pas de spécialistes en Tunisie et le concept était très nouveau pour la majorité, y compris pour les personnes proches du domaine de l'économie sociale» explique Asma.

Début 2011, Asma animait une émission à Radio Bledi (une radio web).  Au cours de ses recherches pour la préparation de l'émission, elle fait la connaissance de Hatem Mahbouli, un Tunisien vivant aux Etats-Unis, et travaillant comme un «investment officer» à FMO. «Nous avons donc commencé à travailler ensemble. Et j'ai commencé à apprendre les nouvelles notions de l'économie sociale et solidaire. Au bout d'un premier projet, Sarah Toumi, jeune chercheur à la Sorbonne en France et lauréate d'un prix international dans l'entrepreneuriat social en 2008, nous a rejoint et nous avons lancé notre association.» 

Fondateurs de la première association d'entrepreneuriat social, Tunisian Center for Social Entrepreneurship, Hatem, Asma et Sarrah ont démarré un programme d'encadrement et d'initiation aux jeunes dans l'économie sociale. 

«Après plusieurs mois sur le terrain, j'ai constaté que la priorité est le développement d'un écosystème favorable à l'entrepreneuriat social. C'est, d'ailleurs, l'objectif majeur de notre association. Nous sommes donc partis sur la promotion de quelques histoires de succès qui peuvent marquer les gens autour de nous. Car le premier obstacle est les préjugés comme penser que le modèle social est irréalisable en Tunisie ou la dépendance aux encadreurs et la société civile ou penser que personne ne peut s'en passer du financement traditionnel pour réussir son projet. Toutes ces idées freinent un peu notre expansion mais elles se dissipent dès que nous montrons ce que des jeunes tunisiens ont réussi à faire.» 

En 2012, le TCSE a fait le tour de 15 gouvernorats avec des formateurs. Quarante participants ont bénéficié de la formation et ont initié leurs propres projets. Trois seulement ont lancé leurs entreprises sociales et ont réussi. Parmi ces projets, une société de Socio Ordi à Mahdia qui récupère les ordinateurs en panne, les répare et les revend avec une formation aux utilisateurs et autres services aux administrations locales en matière de TIC. C’est un projet d’Économie Sociale et Solidaire (ESS) qui vise à lutter contre l’exclusion et la fracture numérique en favorisant l’accès aux technologies tout en préservant l’empreinte écologique de ces dernières.

«L'idée est de lancer des projets sociaux qui misent sur l'environnement et le développement durable pour garantir un écosystème juste et sain qui répondrait à leurs besoins socio-économiques sans mettre en péril leur environnement et les ressources naturelles qui assureraient leur survie et celle de la génération future. Tout en gardant l'esprit entrepreneuriale d'un point de vue pragmatique et lucratif, la gestion des projets penche vers une humanisation de l'entreprise. Personnellement, je pense que c'est la solution idéale pour la crise économique en Tunisie» conclut Asma Mansour qui part bientôt à Kasserine, Sidi Bouzid et Sousse pour s'entretenir avec des dizaines de jeunes porteurs de projets. 

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