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Arbi Chouikh: Le "crowdsourcing mapping" pour une ville plus accessible aux handicapés

Arbi Chouikh: Le "crowdsourcing mapping" pour une ville plus accessible aux handicapés

par Lilia Blaise / nov 22, 2016 / 0 commentaires
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arbi chouikh

Souffrant d’une luxation de la colonne vertébrale qui lui a fait perdre l’usage de ses jambes depuis sa naissance, Arbi Chouikh, 25 ans, étudiant chercheur en informatique, n’a jamais laissé son handicap le freiner. Dans les locaux de l’Organisation tunisienne de défense des droits des personnes handicapées à Bab Saâdoun, il explique comment il a créé le concept d’une ville plus accessible aux handicapés. Un projet pour lequel il vient d'obtenir la bourse Denis Pietton, dans le cadre du programme SafirLab. Interview.

 

Comment en êtes-vous arrivés à passer de l’informatique à l'entrepreneuriat social?

 

Arbi Chouikh: La question de l’adaptation des villes via l’informatique m’a toujours intéressé. Après mes études à l’Ecole Supérieure de Commerce de Tunis, j’ai fini mon master à la National University of Ireland et j’ai travaillé sur la notion de gouvernement électronique. Parallèlement à cela, j’ai développé la notion de “plaidoyer” dès 2011 dans ma carrière professionnelle car elle allait de pair avec mon handicap. J’ai participé à la campagne pour l’intégration d’un article dans la constitution sur les droits des personnes handicapées et faire reconnaître ces personnes comme des citoyens à part entière. C’est dans cette perspective que j’ai développé un diagnostic sur l’accessibilité de la ville aux handicapés dans un programme mené par l’ONG Handicap International, appelé “Ville pour tous”. Nous avons étudié les cas de la Manouba et de Menzel Bourguiba, et l’idée était de proposer aux personnes à mobilité réduite un guide de services accessibles. J’ai voulu aller plus loin en tant que citoyen et développer une application et un site web qui pourraient géolocaliser tous les endroits “friendly pour handicapés”.

 

Pouvez-nous expliquer l’idée du “crowdsourcing mapping” comme vous l’appelez?

 

Arbi Chouikh: L’idée était de s’inspirer de sites comme wheelmap.org ou Open Street maps et d’ajouter aussi des photos afin que les personnes qui utilisent l’application repèrent aussi des endroits accessibles aux handicapés et les répertorient. En Tunisie, vous avez des lieux où il y a des rampes pour handicapés mais parfois une marche avant les rampes qui rend leur usage inaccessible. Il faut le signaler. Vous avez aussi des initiatives dont on entend peu parler comme une plage entièrement aménagée à Gabès pour l’accessibilité aux handicapés avec une passerelle sur le sable et une zone entourée dans la mer, c’était durant l’été 2016. Il fallait rendre tout cela accessible, le répertorier et faire participer les citoyens d’où l’idée du crowdsourcing mapping.

 

Arbi Chouikh avec le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault

 

 

Vous avez commencé par penser aux financements ou vous avez plutôt travaillé sur le fignolage de l’idée?

 

Arbi Chouikh: Je me suis dit qu’après avoir eu l’idée, il fallait vraiment pouvoir la développer à grande échelle et sur tout le territoire et peut-être avoir la capacité de développer d’autres sites dans la même veine, donc j’ai voulu aller vers la création d’une entreprise à but social. J‘ai participé à un appel à candidatures pour des idées jeunes et innovantes du programme Safirlab que j‘ai trouvé via la page facebook de Jamaity. Le prix de 10 000 euros que j’ai reçu va me permettre de développer la plateforme, après il faut que je trouve des bailleurs de fonds pour terminer le projet et le rendre effectif. Je pense qu’il faudrait encore dans les 40 000 euros au moins pour mettre à bien l’ensemble du projet, engager une équipe et transformer le tout en une petite entreprise. Ce qui est intéressant c’est que j’associe l’aspect service à la question des droits humains donc je peux postuler à différentes offres de financements sachant que le but à terme d’une entreprise sociale est avant tout le social et non pas le business.

 

Quel conseil voudriez-vous donner à un jeune entrepreneur tunisien aujourd’hui?

 

Arbi Chouikh: Ma phrase clef est “transformer les problématiques en objectifs internes”, par exemple, si vous êtes face à la problématique de l’exclusion sociale des handicapés, votre objectif personnel doit être “comment les inclure”. C’est pour cela que je défends la notion de plaidoyer dans l’entreprenariat, car l’innovation doit s’accompagner selon moi, de l’engagement pour une cause. En Tunisie, près de 70% des endroits sont inaccessibles aux handicapés. Le Ministère des affaires socials comptabilise environ 2,3 % d’handicapés dans la population, mais il ne compte que ceux qui ont une carte de handicap, l’Organisation Mondiale pour la Santé en répertorie 13,5 % à contrario. Maintenant que la nouvelle constitution garantit nos droits, il faut aller plus loin et se battre pour l'aménagement des villes. Le regard des gens a commencé à changer avec les victoire de beaucoup de Tunisiens aux Jeux paralympiques cette année, j’espère que cela va continuer.

 

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