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Anis Sahbani, des robots pleins les yeux

Anis Sahbani, des robots pleins les yeux

par Lilia Blaise / déc 13, 2016 / 0 commentaires
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Anis Sahbani, Enova Robotics

Personne ne prenait au sérieux ce professeur et Maître de Conférences qui au bout de dix ans de carrière, décide de se lancer dans l'entrepreneuriat créant une start-up dédiée à sa passion, la robotique. Deux ans après son lancement à Sousse, la start-up Enova Robotics opère sur plusieurs marchés internationaux.

 

“Quand je suis arrivé en Tunisie et que je parlais de robots, on se moquait de moi en pensant que je parlais de Moulinex” déclare Anis Sahbani le fondateur d’Enova Robotics.  A 40 ans, il est à la tête d’une start-up qui est la seule en Afrique et au Moyen-Orient à produire des robots manufacturés et à les exporter. Récompensé par trois prix ce mois-ci (Prix du Meilleur Dirigeant par le CJD,une médaille pour le meilleur inventeur au WIPO/OMPI (World Intellectual Property Organization/Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle) au Caire, et le premier prix du concours national de l’invention en Tunisie), l’entrepreneur a gagné en visibilité. Pourtant, il y a encore quelques mois, peu de gens connaissaient l’existence d’Enova Robotics.

 

“La jeunesse tunisienne aime beaucoup la robotique, on le voit dans les clubs de chaque école d’ingénieur mais beaucoup sont des autodidactes et manquent d’encadrement”, déclare Anis.

 

Un petit open space, quelques outils et des androïdes dont le prototype est le fameux robot domestique OGY lancé aux débuts de la start-up. Au fond du bureau, une jeune recrue est en train de fignoler le Pearl Guard, un robot de sécurité dédié à la surveillance des sites industriels. A ses côtés, une jeune femme, entourée d’esquisses de prototypes, travaille sur le design d’un robot chat, nouveau OGY, qui ressent les humeurs de son maître. “Nous avons aussi bien des étudiants en ingénierie que des étudiants aux Beaux-arts pour la partie design et marketing ou encore des étudiants d’HEC pour l’administration” ajoute Anis Sahbani qui recrute encore.

 

Fils d’un père syndicaliste et d’une mère employée de la poste, le jeune homme fait des études scientifiques sans vraiment savoir quel métier l’intéresse le plus avec une passion pour les avions. Détenteur d’un diplôme d’ingénieur électrique de l’Ecole Nationale d’Ingénieurs de Tunis, il part faire sa thèse en France rédige une thèse sur l’Intelligence artificielle et les robots Anis Sahbani a une révélation dans la robotique lorsqu’il intègre le LAAS, Laboratoire d’Analyse et d’Architecture des Systèmes à Toulouse.

 

“J’ai découvert que dans les années 80, l’arrivée de la robotique était mal vue dans le secteur médical parce que les gens craignaient qu’elle remplace l’humain, j’ai voulu réfléchir sur cette idée: comment la robotique peut aider sans se substituer.” se rappelle-t-il.

 

 

Anis poursuit sa carrière en tant qu'universitaire à l’Institut Pierre et Marie Curie à Paris. Frustré par le manque d’opportunités de carrière dans sa profession d’enseignant, il décide de se lancer en 2013 dans l’entreprenariat. “Le marché tunisien s’est naturellement imposé à moi car les coûts de production sont moindres et avec mes partenaires, nous n’avions qu’un fond de 50 000 euros pour nous lancer au début, ce qui n’aurait pas été suffisant en France” dit-il. Le choix était aussi stratégique, se postitionner en Tunisie pour mieux exporter dans la région MENA et en Afrique.

 

Pourtant, il met près de six mois avant de créer sa start-up à cause des difficultés administratives tunisiennes. “J’ai eu aussi bien des problèmes au niveau du guichet unique où il n’y a pas quelqu’un pour faire le lien entre les différents ministères, qu’avec la recette des finances, la douane pour l’exportation, les banques ou même de la Banque Centrale” raconte-il. Pour une entreprise totalement exportatrice et novice sur le marché, Anis a rencontré tous les obstacles sur le terrain “mais j’ai appris beaucoup de choses aussi, une fois que vous avez fait les aller-retour entre tous les ministères, les différentes banques et autre, vous êtes rodés” dit celui qui travaille avec près de 380 fournisseurs à travers le monde. Aujourd’hui, son chiffre d’affaires annuel s’élève à 300 000 euros, et il est valorisé avec une croissance multipliée par six pour l’année prochaine.

 

Ses robots aussi se sont développés, le Mini-lab destiné aux universités, le TouchBot, robot destiné à l’assistance médicale ornent le local de la pépinière et sont voués à être exportés en France, au Maroc ou aux Etats-Unis. Pour la Tunisie, ses ambitions sont d’aider les jeunes passionnés à travailler dans la robotique via les deux associations dont il fait partie: une concernant le droit et la robotique, l’autre autour l’entreprenariat. “Nous sommes en train de préparer des pitchs pour un programme d’échange avec l’université de Columbia aux Etats-Unis, ce qui permettra à 12 jeunes ingénieurs de partir étudier là-bas” ajoute-il.

 

En attendant, le terrain vague derrière la pépinière et l’école d’ingénieurs lui permet de tester ses prototypes directement et de rêver à ses prochaines créations.

 
 

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