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Amine Chouaieb, le Tunisien qui rêve d'une startup internationale

Amine Chouaieb, le Tunisien qui rêve d'une startup internationale

par Lilia Blaise / oct 04, 2016 / 0 commentaires

Après le lancement de Chifco il y a maintenant cinq ans, Amine Chouaieb, la trentaine, continue la croissance de sa start-up avec une nouvelle invention, HomeSecure, une caméra de surveillance intelligente. Retour sur le parcours d’un jeune ambitieux qui commence à trouver sa place sur la scène internationale.
 
“Il y a cinq années, un ingénieur se réinstallait à Sousse avec l’ambition de créer quelque chose de nouveau. Son idée était d’utiliser la technologie pour apporter une nouvelle valeur ajoutée à la Tunisie, avec des Tunisiens, pour des Tunisiens…” Dans un statut Facebook publié le 18 août 2016, Amine Chouaieb, fondateur de Chifco, une start-up tunisienne spécialisée dans l’internet des objets, célébrait le cinquième anniversaire de sa création. Elle compte maintenant 30 employés.
 
Dans son bureau aux Berges du Lac, les lunettes vissées sur le nez et le regard sérieux, l’homme est resté en Tunisie alors que d’autres rentrés au pays avec l’enthousiasme révolutionnaire, sont progressivement repartis.“ C’est un devoir de rester ici”, dit-il simplement. 
 
Amine Chouaieb a beau avoir un bureau décoré de peintures, il reste le nez collé à son écran d’ordinateur et répond aux questions à la façon des jeunes startupers: chaque réponse est une leçon d'entrepreneuriat, une astuce pour aller plus loin. Pourtant, le chemin n’a pas été facile pour créer une start-up tunisienne qui ait des standards internationaux. Du travail, des sacrifices et une autocritique toujours avec des comparatifs à l’internationale. “En Tunisie, tout prend en général six mois de plus qu’ailleurs, il faut savoir s’adapter, et puis le contexte actuel pousse à revoir son business model chaque jour”, explique-t-il. Il reconnaît en même temps les atouts d’un pays où il a choisi de se lancer coûte que coûte. “La Tunisie est un bon marché dans la région Mena, c’est un petit pays mais avec une clientèle-test exigente, donc c’est le bon show-case pour lancer un produit et convaincre des clients.” 
 
Après l’invention d’un bracelet pour aider les femmes victimes de violences domestiques ou en situation d’urgence, le jeune homme a continué sur sa lancée en pariant sur une campagne de crowfunding pour développer le concept et des partenariats avec des ONG pour le distribuer au plus grands nombre. Si ce projet n'est pas encore commercialisé, l'entrepreneur  vient de lancer Home Secure, une caméra de surveillance pour la maison reliée à une application qui envoie notifications, alertes et autres données tout au long de la journée selon les préférences de son utilisateur. “Ce qui est intéressant c’est que toutes les données sont automatiquement stockées dans un cloud accessible depuis n’importe où” commente Amine. L’autre atout, un prix compétitif par rapport aux autres systèmes de sécurité, 99 dinars pour l’achat du pack puis un abonnement de 10 dinars par mois pour l’abonnement à l’application. Autre innovation, un logiciel de reconnaissance faciale et de détection d’humeur. Pour Amine qui a déjà déployé la vente de la caméra dans sept pays, l’avantage, outre le marché de la sécurité, est que l’outil s’adapte aussi aux personnes âgées vivant seules, aux familles qui souhaitent vérifier que leurs enfants sont bien rentrés de l’école, aux particuliers tout comme aux entreprises.
 
Si l’homme ne semble pas manquer d’idées, il reste prudent quand il fait le bilan de son parcours. “Aujourd’hui le terme de start-up a été un peu galvaudé, les jeunes pensent qu’il suffit d’avoir une idée, alors que derrière, c’est un travail énorme; lever des fonds, participer à des concours internationaux, trouver des investisseurs,“ ajoute-t-il. Pour lui, il faut vraiment faire la différence en Tunisie entre les jeunes voulant créer une PME et les jeunes voulant se lancer dans une start-up, ce qui est plus rare et présente beaucoup de défis. “Une start-up c’est un peu comme une équipe de la NBA, il faut vraiment les meilleurs joueurs pour composer l’équipe, c’est une correspondance entre les compétences et l’ambition” dit-il. Amine, lui a eu son déclic lorsqu’encore jeune adolescent, il regardait un discours de Bill Gates sur Windows 95. “Je me suis dit pourquoi cela n’arrive qu’aux autres? Pourquoi la Tunisie n’aurait pas son propre skype par exemple?”. Depuis, l’homme a travaillé d’arrache-pied pour réussir et a même rencontré en chair et en os son modèle ainsi que Dick Costello, ancien PDG de Twitter. “J’ai retenu d’eux leur simplicité, leur vision claire et leur capacité à traduire leur stratégie en un discours accessible à tous.” 
 
Aujourd’hui, Amine voudrait insuffler ce souffle à la jeune génération même s’il faut aussi que certains changent un peu leur mentalité selon lui. “Je donne des cours, j’aide comme je peux, mais ici ça passe plus pour donneur de leçons. Il faut rester ouvert et surtout avoir un état d’esprit qui prend en compte les critères internationaux et non pas juste se cantonner au pays. C’est comme ça qu’on va avancer” conclue-t-il.