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Ali Karoui, sur les pas d'Azzedine Alaïa

Ali Karoui, sur les pas d'Azzedine Alaïa

par Maher Mhidi / fév 23, 2016 / 0 commentaires
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Ali Karoui, 28 ans, est le fondateur de la marque de haute couture Karoui Luxury Fashion dont les créations ont été portées par plusieurs stars nationales et internationales comme le top model Hana Ben Abdeslem, Kenza Fourati, Dora Zarouk, Yasmine Torjdman Besson, Nancy Ajrem, Haifa Wahbi, lady victoria hervey, Adele Exarchopoulos ,Sarah Marshall, pour ne citer qu'elles.

Wajjahni est parti à sa rencontre. Interview.

Haifa Wahbi habillée par Ali Karoui

Wajjahni: Comment avez-vous atterri dans le monde de la mode?

Ali Karoui: Ayant grandi dans une famille qui était majoritairement composée de femmes, j'ai toujours été impressionné par l'importance que la gente féminine qui m'entourait donnait à son apparence physique. Mes proches étaient toujours bien coiffées et bien habillées et ce, même pour aller à la plage ou boire une simple tasse de thé entre voisines. J'ai d'abord commencé par confectionner des robes pour ma sœur, qui a toujours été ma muse. Au début je faisais cela pour le fun, d'ailleurs c'est toujours un plaisir de le faire, mais à un certain moment, il fallait que ça devienne plus professionnel et sérieux.

C'est alors qu'en 2003 que j'ai décidé d'intégrer l'Ecole Supérieure des Arts et Techniques de la Mode (ESMOD Tunis) et j'ai obtenu mon diplôme en 2005.

Wajjahni:  Ali Karoui fait parler de lui ces derniers temps en habillant certaines stars. Comment ça s'est passé?

Ali:  J'ai officiellement lancé ma propre boite Karoui Luxury Fashion en 2012 que j'ai financé par des fonds propres. Nous sommes une équipe de 6 personnes: moi-même, ma sœur Jihene Karoui qui s'occupe de la communication, mon associée depuis 2013 Nawel Gharbi et les filles qui m'aident à l'atelier.

J'ai d'abord commencé par une participation à la Fashion Week  de Tunis en 2012 et c'est à ce moment là que plusieurs portes m'ont été ouvertes. La stylise personnelle de Nancy Ajram a vu ma collection sur internet et m'a contacté. On s'est rencontré quand Nancy est venue à Tunis, elle a vu ma collection et elle a pris deux robes.  Depuis qu'elle a porté l'une de mes créations mon nom a commencé à faire du bruit étant donné que cette star est habituée à s'habiller chez de grand noms tels que Ellie Saab et Zuhair Murad. Donc le fait qu'elle me fasse confiance suite à mon premier défilé était un énorme coup de pouce.

J'ai participé à plusieurs événements internationaux tels que Altaroma Altamoda à Rome durant lequel j'ai reçu le prix World Fashion Award, ensuite  grâce à Afef Jnifen j'ai présenté une collection au First Ladies Luncheon à New York. Puis à l'occasion de l'Esmod International Fashion Show à Berlin, mes créations étaient sur le podium du Mercedes Benz Fashion Week. J'ai aussi présenté une collection durant le Texworld à Paris en 2015, puis encore à Tunis pour la fashion week de la même année et enfin un autre défilé avec la maison de haute joaillerie Chopard à Saint Tropez.

J'ai également habillé pas mal de stars durant le festival de Cannes depuis 2013. D'ailleurs j'y serai cette année aussi pour mette en valeur d'autres belles silhouettes qui porteront mes créations.

Défilé Ali Karoui à la Soirée Rose par Chopard à Saint Tropez 

Wajjahni: Quelle est votre clientèle cible?

Ali: En lançant ma boite, j'ai d'abord travaillé sur mon image plus qu'autre chose. J'ai visé une certaine catégorie à savoir le luxe et le glamour, les tapis rouges et les stars internationales. Je ne voulais pas faire du commercial, je ne voulais pas être facile à approcher. Chaque pièce est unique, même si on me demande de recréer une robe, je garde le même style mais je change tout le temps quelques détails. Chaque cliente qui vient chez moi est une star, je dois la traiter de la sorte.

Wajjahni: Quels sont les obstacles que vous avez rencontré depuis vos débuts?

Ali: Généralement, les Tunisiens ne s'intéressent pas à la mode. On n'a pas cette culture dans notre pays. Quand tu dis à quelqu'un que je suis un créateur de mode il te pose souvent les questions suivantes:

-"Tu fais de la location?"

-" Tu es un tailleur? je peux te ramener mon pantalon pour une retouche?"

Plusieurs personnes n'ont pas cette culture, il y a des femmes qui viennent me voir avec des photos de robes et qui me demandent de recréer le même modèle. Quand tu dis que tu es créateur et que tu ne fais pas de copies, certaines ne comprennent pas ce que ça veut dire.

D'autres personnes ne se concentrent que sur le fait qu'une robe soit assez osée ou bien récemment quand un article est apparu sur le site d'une radio connue, la majorité des commentaires étaient négatifs. Au lieu d'encourager leur compatriote, les gens s'attaquaient sur le fait que l'une de mes créations soit portée par Haifa Wahbi, d'autres disaient que ça n'avait rien de tunisien. Certaines mentalités ne veulent pas évoluer ou accepter le fait qu'une création peut être tunisienne sans qu'elle soit forcément traditionnelle.

Au Liban, tout le monde s'entre-aide surtout dans ce domaine. Personnellement j'ai plus de soutien de la part des Libanais que des Tunisiens. L'Etat n'aide en rien, le ministère de la Culture n'aide pas non plus, de même pour celui du Tourisme. J'ai demandé de l'aide lors d'un défilé à New York, la réponse était toujours négative.

"Tant que c'est un événement à l'étranger, ça ne nous intéresse pas" m'a-t-ont dit. Sachant que c'était un événement très important qui est le "First Lady's Luncheon" dans lequel étaient présentes plusieurs premières dames du monde entier  à savoir la femme de Ban Ki-moon, le président des Nations Unies, la directrice du Vogue Italie, Franca Sozzani, la styliste américaine Donnar Karan (DNKY), etc.

Tout ce que j'ai fait, je l'ai payé de ma propre poche. Ce que je gagne je le réinvestit et c'est comme ça que ça marche.

Wajjahni: Ne pensez-vous pas que vous pourrez décourager d'autres jeunes qui voudraient suivre tes pas en disant ça ? D'après vous, est ce qu'il y aurait des solutions à proposer?

Ali: Tant que les gens ne s'intéressent pas à la mode ou bien tant qu'ils cherchent à acheter des noms étrangers au lieu d'acheter du local parce qu'ils préfèrent acheter du Zuhair Murad pour la même fourchette du prix, la situation ne risque pas de s'améliorer d'aussitôt.

Ceci n'est pas une majorité. J'ai une très bonne clientèle à Tunis qui me respecte et qui respecte mon travail, qui viennent acheter chez moi.

Le ministère de la Culture et celui de l'Education devraient d'abord faire des événements pour faire comprendre aux gens qu'il y a des créateurs à Tunis et qu'on peut aussi créer. On ne doit pas nous limiter à la sous-traitance, loi  72 et nous arrêter à ce niveau.

Autre chose que le ministère de l'Education devrait faire, est d'introduire la spécialité de la mode à l'école. Le fait de se payer des études à ESMOD ou autre établissement de mode n'est pas accessible à tout le monde et peu-être même que les familles n'acceptent pas de payer. Le fait que ça soit public, que ce soit au collège, lycée ou université et qui sera une option en plus pourrait aider les gens à réfléchir différemment étant donné que c'est le ministère qui le propose, ça ne peut être qu'une bonne chose et ça pourrait aussi ouvrir les portes à beaucoup de personnes qui rêvent de faire ça.

Wajjahni: Quelles sont vos ambitions aujourd'hui ?

Ali: Je voudrais avoir des robes sur tous les tapis rouges du monde, avoir des showrooms partout, avoir un nom international et bien sûr honorer mon pays.

Wajjahni: Quels sont vos futurs projets?

Ali: Je pars au festival de Cannes au mois de mai 2016, je prépare une nouvelle collection et je compte habiller des personnalités pour la montée des marches. 

 

Crédit photos: Page Facebook Ali Karoui Couture.

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