Vous êtes ici

Adam Jabeur, co-fondateur de Vakay "Le concept des lunettes en bois est fou, mais il a fini par plaire"

Adam Jabeur, co-fondateur de Vakay "Le concept des lunettes en bois est fou, mais il a fini par plaire"

par Yasmine Chaouch / oct 27, 2015 / 0 commentaires
Catégories: 

Vakay est la marque de lunettes en bois qui fait parler d'elle en Tunisie depuis un peu plus d'un an. Trois jeunes sont derrière ce succès: Souleiman Ghorbel, 27 ans, Majdi Ghorbel, 30 ans, et Adam Jabeur, 26 ans. Ce dernier, diplômé en Expertise Comptable de l'IHEC de Carthage, a entamé l'aventure entrepreneuriale en créant un bureau d'études avec ses amis à Sfax, avant de s'installer à Tunis pour poursuivre un master et lancer en parallèle une boite de marketing et d'enchères en ligne qu'il a ensuite fermé. En 2013, il co-fonde Vakay avec ses amis. Entretien.

Wajjahni: De l'expertise comptable à Vakay, comment ça s'est passé ?

Adam Jabeur: En fait c'est très simple; je surfais sur internet et je suivais beaucoup les blogs de mode et de création. J'ai vu une publicité pour les lunettes en bois et je suis tombé amoureux du concept, j'ai fait des recherches dessus et j'ai découvert tout un monde. Le lendemain je suis allé voir mon meilleur ami Soulaimen Ghorbel qui est designer, je lui ai montré un modèle de lunettes en bois et je lui ai demandé de m'en fabriquer une. Pendant deux mois Soulaimen a travaillé sur un modèle (je faisais encore mes études à l'époque) et quand le premier prototype a été finalisé nous étions fiers. C'était nul techniquement mais nous le trouvions très beau.

Wajjahni: À partir de ce premier modèle, comment avez-vous fondé votre entreprise ?

Adam Jabeur: Au début nos amis et notre entourage se moquaient de nous. Le concept de lunettes en bois est fou mais il a fini par plaire. Certaines connaissances nous ont commandé quelques modèles donc nous avons fabriqué une vingtaine de lunettes que nous avions vendu pour nous faire de l'argent de poche. Notre ami Majdi Ghorbel, ingénieur centralien, s'est intéressé à notre projet et nous a rejoint. Nous sommes allés voir quelques opticiens pour avoir leur avis technique et ainsi fabriquer des lunettes dans les normes. L'idée a plu aux opticiens et ils étaient prêts à acheter nos lunettes, et c'est comme ça que ça a commencé. Nous avons décidé de lancer la marque en 2013 et nous avons passé une année à développer le concept. Il y a eu quelques petits problèmes techniques au début vu que l'industrie des lunettes n'existe pas en Tunisie mais rien d'handicapant. 

Wajjahni: Vakay a "buzzé" et a fait beaucoup de bruit dès son lancement, comment avez vous fait votre campagne de communication ?

Adam Jabeur: Nous avions eu un coup de pouce grâce à Wassim Belarbi, journaliste sur Express FM. Il était parti s'acheter des lunettes chez une opticienne partenaire et elle lui a parlé de nos lunettes en bois 100% tunisiennes. Le projet lui a plu et il nous a invité à son émission. À l'époque nous n'avions que des prototypes et nous étions en phase de développement, il a pris une photo de nos prototypes et l'a partagée sur les réseaux sociaux et le concept a vraiment plu au public et à beaucoup d'investisseurs. L'émission de Wassim Belarbi sur Express FM nous a boosté et nous a vraiment aidé à faire connaitre notre marque. Avec ce buzz nous étions confiants et nous nous sommes lancés plus rapidement.



Le modèle Linebacker a particulièrement buzzé quand le joueur Dani Alves du FC Barcelone est aperçu portant le modèle.

Wajjahni: Quels étaient vos moyens au début ? Un capital d'amorçage ?

Adam Jabeur: Nous n'avions pas du tout d'argent et pas d'investisseurs. Nous fabriquions les lunettes à la main une à une, et chaque vente nous permettait de gagner un peu d'argent pour acheter les matériaux destinés à la fabrication du prochain modèle. Avec les commandes des opticiens nous étions un peu surmenés, nous travaillions jour et nuit dans un garage pour bien fabriquer les lunettes.

Wajjahni: Vous avez des locaux maintenant ?

Adam Jabeur: Nous avons une usine à Sfax et nous allons ouvrir des bureaux administratifs à Tunis.

Wajjahni: Concernant le marché et votre image de marque, on ne vous trouve pas partout, c'est voulu ?

Adam Jabeur: Notre stratégie est d'avoir un produit "sexy". Le consommateur doit le chercher pour l'avoir, l'inaccessible attise l'envie. C'est notre stratégie sur le plan national et c'est efficace. En plus nous travaillons avec les opticiens qui partagent nos valeurs. Je m'explique; dans le monde de la mode il y a deux types de marques; il y a les marques à logo qui jouent sur leur nom et leur influence avec moins de création et vendent des millions de lunettes. Viennent ensuite les marques de création qui fabriquent des lunettes un peu plus fofolles et innovent tous les ans. On y distingue beaucoup d'originalité et c'est généralement plus cher car tout est pratiquement fait à la main, et l'intervention humaine est plus importante que les machines. Les opticiens avec qui nous travaillons partagent donc nos valeurs et ils veulent vendre de la qualité.

 

Wajjahni: Comment expliquez-vous votre succès sur le marché tunisien ?

Adam Jabeur: Les Tunisiens ont aimé le concept dès le début et puisque c'est la première marque de lunettes haut de gamme tunisienne, les Tunisiens la supportent à fond. En plus, même si c'est une drôle de logique; mais si un produit marche bien à l'étranger, il devient très demandé en Tunisie. Nous avons bien étudié cela et c'est pour cela que ça marche ici.

Wajjahni: L'exportation sur le marché international, ça marche comment ?

Adam Jabeur: Introduire un produit de luxe dans un pays prend quelques mois, mais après ça marche très rapidement. Nous vendons nos produits à Londres, Genève, Los Angeles et nous sommes en négociation avec des distributeurs dans une vingtaine de pays dont prioritairement la France, le Canada, Dubaï, la Russie, l'Espagne et l'Allemagne.

Wajjahni: Les lunettes en bois existent déjà en dehors de la Tunisie, vous faites comment par rapport à la concurrence ?

Adam Jabeur: Nous avons fait beaucoup de veille et de prospection. Six mois après le lancement de Vakay nous sommes allés au salon de l'optique à Paris, pour nous positionner et voir où nous en sommes. Quatre mois plus tard, et après avoir amélioré notre produit, nous sommes allés au salon de Milan pour vérifier notre avancement, nous avons vu que nous étions parmi les premiers en terme de qualité à l'échelle internationale. 

Concernant la concurrence; en Tunisie nous n’avons pas du tout de concurrents puisque nous sommes la seule marque de lunettes tunisienne, et à l’échelle internationale nous avançons sûrement vu que nos designs sont très originaux et innovants par rapport à la concurrence.

Wajjahni: Vous allez diversifier vos produits et sortir du bois ?

Adam Jabeur: Nous travaillons en ce moment sur d’autres matériaux. Nous avons choisi le nom Vakay pour cela. (en vietnamien Vakay = « Et l’arbre »). Petit à petit nous allons incruster d’autres matériaux (comme du titanium ou de l'or), nous allons diversifier les produits à partir de 2016 et lancer d’autres collections. Nous nous positionnons à présent comme une marque haut de gamme, mais avec la diversification des matières et des collections, nous allons toucher le marché du luxe. 

Wajjahni: Quel est votre valeur ajoutée par rapport aux autres marques ?

Adam Jabeur: L'originalité dans le design, le "handmade" et les influences tunisiennes et orientales choisies dans le design. Nous avons 17 modèles différents maintenant (par rapport à 7 au lancement). Nous faisons aussi des éditions limitées, des collaborations avec des créateurs, etc. Notre culture d'entreprise aussi, nous laissons libre court à notre créativité, pas de hiérarchie verticale accrue et tout le monde travaille à l'aise. Je pense que c'est à tout cela que nous devons notre succès.

Wajjahni: L'équipe Vakay compte combien de personnes ?

Adam Jabeur: Au début nous étions 3 co-directeurs et maintenant nous avons recruté 7 autres personnes, d'ici 2016 nous espérons en recruter plus pour être une vingtaine.

Wajjahni: Quel conseil donneriez-vous aux jeunes tunisiens porteurs d'idées mais qui ont peur de se lancer ?

Adam Jabeur: Qu'ils se lancent ! L'aventure entrepreneuriale est magnifique, il faut l'essayer. Mais un conseil, il ne faut pas se lancer tout seul. Une des clés du succès est la pluridisciplinarité, la polyvalence entre les co-cofondateurs est essentielle. Avoir quelqu'un avec soi est primordial pour partager les taches, les charges, avoir un carnet d'adresses plus grand, etc. Nous avons du potentiel en Tunisie, nous avons des jeunes qui ont des idées innovantes mais qui ont peur de rencontrer des obstacles, mon conseil pour eux est de se lancer sans se poser beaucoup de questions. Tenter l'aventure, le reste suivra. 

Adam Jabeur travaille aussi en collaboration avec Mohamed Kharrat, un autre entrepreneur, sur un espace de développement de l'écosystème entrepreneurial à Sfax. Ce sera un espace pour les jeunes porteurs d'idées et futurs entrepreneurs. Ils pourront avoir accès à des ouvrages sur l'entrepreneuriat, participer à des ateliers et à des formations. Les investisseurs sont aussi les bienvenus pour découvrir les projets. Tout le monde est gagnant car ils pourront développer leur réseau de contact et pourquoi pas faire naître de nouvelles collaborations et partenariats et surtout lancer les startups rapidement. 

Dans la même catégorie